"Il faut évoquer une maladie du temps répandue mais encore peu étudiée : l’obsession du présent. Les symptômes de cette maladie apparaissent partout où l’on oublie l’avenir, et il en existe des exemples dans tous les domaines de la vie. Des millions d’individus daignent consacrer de temps en temps une pensée à la menace de la catastrophe climatique, mais ils ne cessent jour après jour d’en attiser l’imminence. De nombreux Etats ont aménagé une gare de triage dans leur politique budgétaire, où l’on s’alloue des aides à la petite semaine tout en hypothéquant l’avenir. … Si l’on veut échapper aux incertitudes, il suffit de les rejeter, de faire abstraction autant que possible du monde à venir et de se raccrocher au présent. Parfois, l’individu qui est obnubilé par le présent fait peut-être de mauvais rêves. Dans ces rêves, ce n’est plus ‘La tradition de toutes les générations mortes [qui] pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants’, selon la formule célèbre de Karl Marx, mais l’avenir de toutes celles à naître. L’individu atteint d’obsession du présent ne pourra empêcher une chose de se produire : que l’avenir le rattrape par surprise."
Dans le quotidien libéral-conservateur Neue Zürcher Zeitung, le philosophe Dieter Thomä décrit avec inquiétude le refoulement général des perspectives d’avenir (eurotopics, 9 mai 2011).
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